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« Mur Méditerranée » – Louis-Philippe Dalembert

vers une traversée des plus mouvementées !

Je vous le dis tout de go, ce ne fut pas une lecture facile. Ce n’est pas un de ses livres qu’on lit en diagonale avec la télé ouverte et l’esprit ailleurs. « Mur Méditerranée » de Louis-Philippe Dalembert nécessite un certain niveau de concentration en raison de l’écriture assez soutenue, du sérieux du sujet qui y est traité et de la complexité de l’histoire.

« Mur méditerranée » de Louis-Philippe Dalembert est disponible en format poche et en grand format aux deux librairies La Pleiade. Photo : Stanley Alexandre

Le livre commence avec les personnages Semhar et Chochana et bien vite on va arriver à leur rencontre avec Dima, troisième personnage principal de l’histoire. Mais ce n’est qu’une mise en contexte. Une fois qu’on aura fait connaissance avec ces trois dames, l’auteur va nous permettre de découvrir l’histoire de chacune d’entre elles. À tour de rôle.

On commence avec Chochana, Nigériane pour laquelle les parents nourrissaient de grands rêves. La sécheresse qui sévit dans sa région va vite avoir raison des grands projets de la famille. Avec quelques amis et son petit frère, la jeune femme décide de partir chercher un mieux-être ailleurs. Pourquoi pas en Europe comme bien d’autres avant elle ?

Le Chalutier est bien sûr au centre de « Mur Méditerranée ». Photo : Henry Ridje

Dalembert, après nous avoir ramenés au point de départ, en l’occurrence le chalutier à bord duquel les trois dames se retrouvent, remonte le chemin parcouru par Semhar, originaire de l’Erythrée.

Tandis qu’elle complète le service militaire obligatoire et à durée indéterminée imposé par le gouvernement, Semhar se laisse convaincre par son amie qui lui propose de partir. Sans même avertir ses parents, ce petit bout de femme déterminée et réaliste embarque pour une périlleuse aventure avec son amie et le fiancé de cette dernière. Direction l’Europe !

Puis vient l’histoire de Dima, bourgeoise syrienne, mère de famille, la trentaine avancée. Avec son mari et ses deux enfants en bas âge, elle se résout à fuir Alep, sa ville natale, où la guerre fait rage. Une décision difficile pour celle qui semblait tout avoir et qui jamais n’aurait envisagé un tel bouleversement dans sa vie.

Les deux Africaines sont dès le départ conscientes du danger vers lequel elles embarquent. Mais rien ne les avait préparées à l’horreur qu’elles vont vivre au cours de ce périple où elles perdent la notion du temps, les yeux rivés sur leur destination finale alors que l’instinct de survie prend le dessus. La Syrienne, qui avait même pendant un moment imaginé qu’elle pourrait laisser son pays par la voie légale, va devoir s’adapter et subir des traitements qu’elle ne juge pas appropriés à son rang et, pire, d’autres qui sont tout simplement inhumains.

Pour la première fois de ma vie, j’ai décidé d’annoter un livre. J’ai utilisé des #StickyNotes et un cahier pour prendre des notes. Photo : Henry Ridje

Cet ouvrage a pour sujet principal la migration. Il met aussi l’accent sur les différences culturelles, fait une grande place à la religion, laisse ressortir les préjugés raciaux et passe à pieds joints sur tout ce qui ne se rapporte pas à ces thèmes. Ainsi, les sévices auxquels sont soumis les passagers sont décrits avec beaucoup de pudeur, mais aussi superficiellement. Difficile aussi de s’attacher à un personnage, car leur caractère n’est pas particulièrement approfondi. Pas question vraiment d’aller creuser trop loin et de s’éloigner des thèmes principaux.

Aussi, dans ce récit, les femmes ont la part belle. Les hommes, bien présents au départ, perdent de leur superbe ou disparaissent tout simplement au fil de l’histoire pour laisser le contrôle aux dames.

Il est évident que cet ouvrage n’a pas été écrit sur un coup de tête. Inspirée d’une histoire vraie, « Mur Méditerranée » a dû nécessiter un important travail de recherche. Louis-Philippe Dalembert, professeur, premier écrivain haïtien titulaire de la chaire d’écrivain invité à l’université parisienne Sciences Po, nous a une fois de plus offert un livre universel traitant d’un sujet qui traverse les frontières. Un peu littéralement….

« Mur méditerranée » de Louis-Philippe Dalembert est disponible en format poche et en grand format aux deux librairies La Pleiade. Photo : Stanley Alexandre
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« L’exil vaut le voyage », nous dit Dany Laferrière

Après « Autoportrait de Paris avec chat » et « Vers d’autres rives », Dany Laferrière propose aux amis du livre un autre ouvrage écrit à la main, « L’exil vaut le voyage ». Paru aux Éditions Grasset le 18 mars 2020, cette autobiographie dessinée aborde l’exil sous un autre angle. Sous la plume de l’Académicien, ces pérégrinations forcées cessent d’être entièrement lugubres pour devenir des expériences dont on doit profiter de chaque seconde.

Avec son tout dernier roman, « L’exil vaut le voyage », l’écrivain canadien d’origine haïtienne revient sur son expérience personnelle avec l’exil. Journaliste, Windsor Klébert Laferrière, devenu Dany Laferrière, a été contraint de quitter Haïti à l’âge de 23 ans après que son ami eut été tué. Montréal, Paris et Miami, entre autres, ont été des terres d’accueil pour celui qui a été élu au deuxième fauteuil de l’Académie Française en décembre 2013. Et le récit dessiné de 400 pages de textes écrits à la main revisite tout ça.

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On y découvre aussi son processus d’adaptation – qu’il illustre dans une vidéo publiée sur la chaîne YouTube de Grasset par le passage de la mangue à la pomme, les lieux qu’il a fréquentés, les auteurs qui ont peuplé son quotidien… L’emphase est mise sur le côté positif de l’expérience. « Ce n’était pas une punition, mais une récréation », affirme l’écrivain qui reconnaît néanmoins que sa perception de ce saut obligé vers l’inconnu aurait pu être différente si à l’époque il avait 50 ans plutôt que 23 et des enfants par exemple. Lisez la suite de l’article sur Ticket

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