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Le code du « woulibeur »

Ca fait plus de 10 minutes depuis que je tremble, que mon nez coule et que j’éternue sans arrêt. Le climatiseur réglé au max ne vient rien arranger à mon état. Mais, ce cher et grand ami qui a eu l’amabilité de me recueillir dans sa voiture en cet après-midi pluvieux ne semble pas s’en rendre compte. Le volume de sa radio poussé à fond, mes reniflements n’atteignent manifestement pas ses oreilles. Et surtout, pas question que je me plaigne car je suis une woulibeuse. Une woulibeuse confirmée, en fait.
En effet, un regard circulaire sur le parking de la faculté et je sais d’office vers qui me tourner si je veux aller à Delmas, à Pétion-ville ou encore au Centre-ville. Les horaires de chacun sont bien ancrés dans ma tête, les numéros de téléphone aussi. Car un woulibeur intelligent entretient ses relations avec les généreux amis, camarades et collègues possédant une voiture qui fort souvent le dépannent. Avec l’expérience, j’ai aussi appris les règles à respecter, le code du woulibeur, comme on dit couramment.
Avant tout, je sais qu’en ma qualité de woulibeur je ne dois pas me faire attendre. Les bons amis appellent certes pour annoncer leur départ mais c’est quand même bien de toujours être dans les parages car on ne sait jamais quand, mine de rien, ils « oublieront » d’appeler. Peu importe l’urgence de ma situation, je ne dois pas non plus bousculer mon sauveteur car, le woulibeur n’est jamais pressé. Il y’a aussi cette règle que je suis justement en train d’apprendre à mes dépens : le woulibeur ne se plaint pas. Que la température soit trop basse et la musique trop forte, il doit faire bonne figure. Ce serait franchement dommage de se faire expulser de la voiture sous cette pluie diluvienne car on ne peut se permettre d’oublier que le siège du woulibeur est à tout moment éjectable.
J’ai aussi édicté mon propre règlement. Et dans mon code à moi: Ne jamais monter dans les voitures des inconnus est inscrit en lettres capitales. Après tout, je suis une woulibeuse et non une autostoppeuse. Me recueillir dans ta voiture ne te donne pas non plus le droit de me faire la cour. Il s’agit d’un service et non d’un échange de faveurs. J’ai aussi appris à m’adapter aux tempéraments. Il y’a ceux à qui il faut faire la conversation et ceux qui comme mon actuel compagnon t‘ignorent carrément et t’imposent leur musique du même coup te rappelant ainsi que le woulibeur n’a aucun droit sur la radio.
En fait, le woulibeur doit savoir ajuster son comportement aux situations. Faisant fi des quolibets de toute sorte dont il peut être l’objet, il doit être discret à certains moments tout comme il doit être en mesure de suppléer Lilianne Pierre-Paul à 4h ou encore « lekol lage » quand le besoin se fait sentir.
Il y’a des moments comme aujourd’hui où je déplore le fait que je n’aie pas ma voiture personnelle mais je l’avoue, d’autres fois, c’est un plaisir pour moi d’avoir un peu de compagnie quand je me tape des embouteillages à n’en plus finir. De plus, il y’a bien certains privilèges que me procure mon statut de woulibeuse. Ah, je me souviens encore de ces 10 minutes passées dans cet Hummer… Quel confort ! Quel délice !
-Atchoum !!! Tout à ma rêverie, je n’ai pas vu venir l’éternuement. Zut ! Je crois bien que mon compagnon a été touché ! Il me jette un bref coup d’œil et semblant enfin remarquer mon état, il éteint le climatiseur. Je me confonds en excuses mais je sens que je vais devoir me chercher une autre woulib pour les jeudi après-midi. Dommage, c’était quand même un « vol dirèk ».

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